Touché de plein fouet par la chute de 50 % du marché des poids lourds en Europe, MAN est tombé l'an dernier dans le rouge pour la première fois depuis plus de vingt ans. Le numéro trois européen des camions, dont le chiffre d'affaires a baissé de 20 % à 12 milliards d'euros a encaissé une perte nette de 258 millions d'euros, en raison notamment de charges exceptionnelles liées pour 370 millions d'euros à la dépréciation de sa participation dans Scania, et pour 220 millions d'euros à l'amende soldant un vaste scandale. Cette année, le groupe mise plus que jamais sur les puissances industrielles émergentes pour redresser le cap. « Le développement à l'international est au coeur des priorités », a souligné hier son nouveau PDG, l'Autrichien Georg Pachta-Reyhofen. Le groupe réalise déjà 38 % de son chiffre d'affaires hors d'Europe. Depuis l'échec de la reprise du concurrent Scania en 2006, le groupe a cherché à gagner en taille en misant sur les pays émergents. Cette stratégie commence à porter ses fruits. Dans les véhicules utilitaires, la baisse de 40 % des revenus a ainsi été atténuée par le développement en Amérique latine. Leader au Brésil Plus marquant encore, la rentabilité opérationnelle de la filiale brésilienne, avec un bénéfice de 142 millions d'euros obtenu sur neuf mois, fait plus que compenser la perte de 91 millions d'euros enregistrée dans le reste du monde. MAN peut donc se féliciter d'avoir investi 1,3 milliard d'euros en 2008 pour reprendre à Volkswagen sa filiale brésilienne de poids lourds, devenant d'un coup leader avec 30 % de ce marché. Sur le plus grand marché du monde des véhicules utilitaires, la Chine, MAN a investi 567 millions d'euros pour acquérir 25 % du capital et une action chez Sinotruk, le leader du marché des gros poids lourds. Cette participation lui procure, fait rare en Chine, une minorité de blocage. Une marque de poids lourds distincte de MAN doit y être lancée. La Russie en berne En Inde, si le démarrage de la société conjointe lancée en 2006 a été poussif, une gamme de camions adaptés à la demande arrive sur ce marché, avec une motorisation modeste mais une grande capacité de chargement. Seule la Russie est en berne au sein des pays émergents. Le marché des poids lourds s'y est effondré l'an dernier, obligeant à déprécier de 30 millions d'euros le stock de ses véhicules importé de Pologne. A 9,9 milliards d'euros, l'ensemble des commandes reçues en 2009 chute de 30 %. L'exercice 2010 devrait apporter une stabilisation du chiffre d'affaires à son bas niveau dans les poids lourds, et une régression dans la division des moteurs. MAN espère toutefois améliorer sa rentabilité en comprimant ses coûts. Quelque 700 millions d'euros ont déjà été gagnés l'an dernier. De plus, le groupe n'aura pas à supporter les mêmes charges qu'en 2009. (Les Echos 16/02/10). |