Cet été, Heuliez a été repris par Bernard Krief Consulting. Celui-ci a relancé l'activité et renoué avec les constructeurs. Mais l'argent promis tarde à arriver. Inquiet, le Fonds stratégique d'investissement a demandé un audit industriel et financier avant d'investir. Le FSI s'est engagé à débourser 10 millions d'euros pour la relance de l'équipementier. Les pouvoirs publics commencent à s'inquiéter sérieusement. Cet été, le tribunal de commerce de Niort a accordé la reprise d'Heuliez à Bernard Krief Consulting. C'était cela, ou la liquidation de cet équipementier automobile en dépôt de bilan, et la suppression de plus de 600 emplois. Sur le papier, le repreneur et son partenaire des Emirats arabes unis, la compagnie de fret aérien Midex, devaient à la fois relancer l'activité et injecter des fonds afin de recapitaliser l'entreprise. La relance industrielle et commerciale a bien eu lieu. Mais l'argent promis tarde à arriver, suscitant des interrogations à Bercy comme au Fonds stratégique d'investissement (FSI) et au sein du personnel. Bernard Krief rassurant Devant ce retard, le FSI, qui s'était fait tordre le bras par le gouvernement pour participer au sauvetage d'Heuliez, a demandé récemment un audit industriel et financier, a-t-on appris de sources concordantes. « Avant de débloquer les 10 millions d'euros sur lesquels il s'est engagé, le FSI veut savoir quelle est la situation exacte, où en sont les autres fonds qui doivent arriver » , explique un bon connaisseur du dossier. Le projet prévoit que le repreneur apporte 16 millions d'euros, et les collectivités publiques 15 millions (10 millions du FSI et 5 millions de la région Poitou-Charentes). Or pour l'heure, Bernard Krief Consulting a seulement débloqué la semaine dernière un peu plus de 1 million - « et encore, avec un jour de retard sur la date-butoir » , affirme l'un de ceux qui suivent l'affaire au jour le jour. L'essentiel, qui doit provenir de Midex, se fait attendre. « Depuis des semaines, on nous dit que c'est imminent , indique un représentant du personnel . On nous a montré un bordereau prouvant que Midex avait bien transféré 100 millions de dollars en France. Mais cet argent n'est pas destiné uniquement à Heuliez, et pas un centime n'a encore atterri sur le compte de l'entreprise. » Du coup, certains redoutent déjà le pire. Et discrètement, d'autres possibles repreneurs ont été approchés, pour prendre la relève, au cas où… Une éventualité que Louis Petiet, le PDG de Bernard Krief Consulting, écarte totalement. « Pas d'inquiétude ! , s'exclame-t-il. Tous les engagements seront tenus. Nous avons libéré notre part du capital, et les fonds de Midex seront débloqués comme prévu d'ici au 31 décembre. Ce n'est pas Dubaï, ils ne sont pas impactés par la crise. » A ses yeux, qui plus est, les fonds propres ne sont pas la clef. « Une entreprise, ça vit d'abord par ses clients, ses produits, son exploitation, ses factures , plaide Louis Petiet. Et sur ce terrain, nous sommes en avance sur nos objectifs. » Côté factures, General Electric a très vite mis en place une ligne d'affacturage de 45 millions d'euros. Côté commercial, « la confiance des constructeurs semble revenir , confirme un délégué CFDT. Ils n'empêchent plus les équipementiers de rang 1 de nous confier du travail. On arrive à repêcher de l'activité. » En matière de produits, enfin, le PDG de Bernard Krief Consulting se montre enthousiaste. Le développement des véhicules électriques, gelé par le dépôt de bilan, est reparti. « L'an prochain, nous aurons une gamme de quatre modèles électriques, dont trois seront mis en vente sur Internet dès ce mardi. La production du petit tricycle Pélican a déjà commencé, et celle du pick-up SimplyCity que nous venons de présenter au congrès des maires va débuter avant la fin de l'année. » Un syndicaliste résume : « Pas de miracle, mais il y a eu du boulot de fait. » (Les Echos 30/11/09). |