Source : (Les Echos 23/06/08). Alors que le Livre blanc de la défense appelle à la consolidation du secteur de l'armement terrestre, Renault Trucks fait entendre sa voix. Le fabricant de camions, racheté en 2001 par Volvo, se déclare candidat à la reprise des deux principaux concurrents français de sa division Renault Trucks Defense (RTD). « Un rapprochement de Renault Trucks Defense avec Nexter ferait sens. Nous sommes prêts à en prendre totalement le contrôle. Il faut absolument regrouper ces activités. Et Panhard aurait naturellement sa place », a déclaré « aux Echos » Serge Perez, vice-président de Renault Trucks, en charge de la division défense, à l'occasion du Salon Eurosatory.
Affirmant disposer du soutien de Volvo, Serge Perez part du constat que RTD, Nexter et Panhard se concurrencent de plus en plus sur le créneau des véhicules blindés. « Au fur et à mesure qu'elles élargissent leurs gammes, les trois sociétés se marchent sur les pieds », affirme-t-il. Un petit tour dans les travées de la Mecque de l'armement terrestre, qui a fermé ses portes vendredi, le montre bien. Le mal n'est d'ailleurs pas que français. « Une dizaine d'entreprises en Europe peuvent prétendre détenir les compétences nécessaires à la maîtrise d'oeuvre de véhicules blindés », souligne le Livre blanc.  Pas d'urgence
RTD et Nexter se connaissent bien, puisque le premier fournit au second toute la partie mobilité du VBCI, le véhicule blindé de combat d'infanterie, qui entre en service dans l'armée française. Or, pour Serge Perez, l'affaire « Fres » ouvre des perspectives pour une consolidation franco-française : Londres n'ayant pas retenu le VBCI dans son appel d'offres, Paris a vu s'éloigner la perspective d'un rapprochement entre Nexter et BAE.
A ce stade, Renault Trucks n'a pas déposé d'offre auprès du gouvernement et se contente de faire passer ses messages, indique-t-on au sein du ministère de la Défense. Chez Panhard, encore marqué par la bagarre (finalement perdue) qui l'a opposé à RTD pour la fourniture de 90 blindés à la gendarmerie, on se montre plus que réservé. Même réaction chez Nexter : la consolidation est indispensable, mais il n'y a pas urgence à la faire avant les prochains grands appels d'offres de blindés en Europe, rappelle son PDG, Luc Vigneron, confiant des perspectives du VBCI à l'export.
A l'Etat donc, qui détient 100 % de l'ex-Giat, de décider. La Délégation générale pour l'armement se contente d'écouter les arguments. Mais, en interne, on soulève une interrogation : quid de l'armement ? Nexter n'est pas seulement un fabricant de blindés. A son catalogue figurent aussi de l'artillerie, des canons et des munitions. Des équipements incompatibles avec le positionnement éthique du nordique Volvo. Adosser Nexter à RTD, c'est donc prendre le risque d'une revente à terme de ces activités. « Volvo s'inscrit dans la défense, quoi qu'on en dise. La question de l'armement pourrait être réglée via des partenaires », répond Serge Perez.
|